Paix à mon âme – mon expérience vidéoludique avec Shadow of the Colossus

 Nous sommes d’abord au dehors du monde scellé, où nous suivons un jeune homme à dos de cheval, portant une étrange cargaison. Le décor est grandiose par ses vues dégagées , la musique mélancolique en accentue l’effet de grandeur. Nous arrivons face à un gigantesque pont, repoussant les lois de la gravité ; d’une finesse extrême il semble ciselé, il est le fin point de jonction entre les deux mondes.
Nous sommes désormais à l’intérieur d’une tour rappelant la prison de Yorda¹, nous descendons en colimaçon la vertigineuse hauteur. Traversons un grand hall, orné de part et d’autre de huit statues monstrueuses et déposons sur un autel, le cadavre que nous transportions. Le pacte sera bientôt passé.  Wanda veut la résurrection de la jeune fille.
L’accord est scellé avec Dormin, inquiétante entité invisible aux plusieurs voix ; il doit détruire les seize colosses vivant dans ce monde, à ce prix l’âme de la jeune fille sera rendu au corps inerte. Les voix préviennent évasivement notre Orphée que le prix sera plus élevé.

Les colosses sont magnifiques, des bêtes titanesques représentant la nature reprenant ses droits sur l’illusion d’une grandeur humaine passée, on pourrait les décrire comme des chimères de chair, de pierre, et de végétaux. L’intérêt du jeu repose dans l’obligation, de par la quête, à abattre ces créatures époustouflantes de beauté. Certaines ne se débattront même pas, augmentant le sentiment de culpabilité du joueur. La mise à mort est sublimée par la mélodie mélancolique, le sang de la bête jailli, lui arrachant son souffle de vie. A chaque colosse abattu, leur ombre nous transperce, le corps de Wanda s’abîme, son âme s’abandonne un peu plus entre les mains de Méphistophélès. Nous perdons connaissance et nous retrouvons systématiquement au pied de l’autel, où Dormin nous donne une nouvelle créature à abattre, nous partons accomplir notre sale besogne en jetant un regard sur le corps de la jeune fille qui semble reprendre, à nos dépens, un certain éclat.
Argo, notre monture est l’unique créature vivante avec laquelle nous interagissons dans ce monde vide où seuls quelques oiseaux et lézards croisent notre chemin. Des vestiges attestent d’une vie longtemps passée, balisant les routes menant au prochain colosse à assassiner. Nommé, le cheval est le seul lien qui nous raccroche à notre humanité. Wanda l’appelle, le caresse, le monte et traverse les déserts de ce monde, il n’est pas tout à fait seul dans sa quête.

Chaque colosse représente une énigme qu’il faut escalader et poignarder, le gameplay du jeu impose, à notre héro, une barre d’épuisement. Une jauge représentant la capacité physique de Wanda à escalader et à s’accrocher à ces montagnes mouvantes. Pour réussir à tuer la bête, on doit savoir se reposer, se cacher, se mettre à l’abri, dans une fissure du golem.
Les combats sont épiques, ressemblant parfois au duel opposant David à Goliath, rappelant les jeux du cirque, ou encore des corridas, allant jusqu’aux mythes herculéens… mais il n’y a rien d’héroïque qui ressort de ces luttes, on dupe la créature et on paie le prix en conséquence.

Dans Shadow of the Colossus, UEDA Fumito arrive à faire ressentir au joueur, le poids de ses actes, l’égoïsme de sa quête, le prix que nous voulons payer pour atténuer notre culpabilité ; cette perte de notre humanité. Nous nous maudissons et nous nous faisons renaître en enfant à cornes – Bienvenue dans ICO² .


2 Ico est un petit garçon maudit stigmatisé par des cornes. Lire La forteresse vide – mon expérience vidéoludique avec ICO.
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